Après nos deux journées passées à Tokyo, il était temps de commencer notre périple à l'intérieur du pays.

Bien entendu, le programme établi n'a pas été suivi mais je m'en doutais et j'avais préparé d'autres alternatives qui n'ont servi à rien...

 

Un réveil difficile

Compte tenu de ce qui s'était passé la veille, par précaution, j'avais mis le réveil et j'ai eu raison car ce ne fut pas simple. On s'est d'abord réveillés vers deux heures du matin en nage à cause des couettes et de la propension phénoménale de mon mari à se transformer en chaudière la nuit (lui vous dira que c'est moi la chaudière mais ce n'est pas vrai).

J'avais laissé la sonnerie de mon téléphone comme réveil... Mon mari se réveille alors en sursaut : "Rahh, on t'appelle au téléphone, ne réponds surtout pas !" Je bafouille que c'est le réveil mais c'est trop tard, le mal est fait et Amour se met en mode grognon.

On descend au restaurant pour prendre le petit-déjeuner qui, avouons-le, n'est pas bon mais je m'en moque, j'ai faim. Grognon se plaindra de l'odeur des saucisses pendant tout le trajet en train jusqu'à Fuji-Kawaguchiko 富士河口湖, notre prochaine étape.

Le lac Kawaguchi 河口湖 depuis le Mont Kachi Kachi © Aventure Japon 2016

Nous sommes très en retard sur notre programme. Je ne dis rien car j'avais anticipé et prévu d'autres horaires. Ce que je n'avais pas prévu, c'est que, au moment de partir, la dame de l'accueil nous annonce qu'elle ne fait pas takkyûbin 宅急便 alors qu'elle m'avait dit le contraire, la veille... Je reste zen même si je ne le suis pas du tout et je demande où je peux envoyer mes bagages à Kyoto car je n'ai pas envie de me coltiner les valises dans les trains pour la région du Mont Fuji.

Elle me fait un joli plan m'indiquant où je peux trouver Kuroneko 黒猫, le chat noir qui transporte vos bagages dans tout le Japon en quarante-huit heures pour un prix correct (si mes souvenirs sont exacts, dans les 1800 yens par bagage - c'est la taille qui compte et non le poids). Heureusement, c'est juste à côté de l'hôtel et on part sous la pluie.

Là, une dame charmante s'occupe de la paperasse. Comme j'écris l'adresse en kanji 漢字, elle me demande où j'ai appris le japonais et je lui réponds gentiment. Puis vient la question piège : "Quel endroit préférez-vous au Japon ?" J'allais répondre Kyoto (ce qui est vrai) mais je me retiens et je lui dis que les cerisiers à Tokyo étaient magnifiques (ce qui est vrai). C'est toujours délicat de dire à quelqu'un que l'on ne l'aime pas la ville dans laquelle elle vit.

Une fois les formalitées accomplies, nous sommes tellement en retard que je ne fais plus de soucis pour la suite de notre programme. Au lieu d'attendre une bonne demi-heure dans notre gare de départ, je décide de partir pour Shinjuku 新宿, gare de départ du prochain rapide pour Ôtsuki 大月 d'où on prendra un train local pour Kawaguchikô 河口湖, un des cinq lacs du Mont Fuji 富士五湖.

 

 En route vers le Mont Fuji !

Une fois dans le train, j'explique le programme à Amour (tout content de quitter la ville et de se mettre au vert) : s'il fait beau, on ira voir un temple connu pour ses cerisiers d'où on a une vue superbe sur le Mont Fuji. Pour cela, on devra prendre l'omnibus qui s'arrête à toutes les gares et pas le rapide. Seulement, au fur et à mesure que notre train progresse, le temps se dégrade et l'on se rend compte que les nuages restent accrochés aux collines environnantes. Les chances de voir le Mont Fuji sont quasi nulles et monter au temple, totalement inutile... On décide finalement d'aller directement à Fuji-Kawaguchiko.

Trop de nuages pour espérer apercevoir le Mont Fuji © Aventure Japon 2016

Bien entendu, dans le train, nous ne sommes pas tous seuls. Il y a pas de mal de touristes étrangers et l'absence de Japonais me confirme dans l'idée que ce n'était pas le bon jour pour aller voir le Mont Fuji mais, ayant pris les réservations en novembre, je ne pouvais pas le savoir.

Arrivés à Ôtsuki, il faut changer de train. Sans s'en rendre compte, on est sortis dans les premiers et comme on n'avait pas de valise mais des sacs à dos, on a pu progresser rapidement jusqu'aux deux distributeurs automatiques de billet. Devant nous, il n'y avait qu'un couple de touristes asiatiques qui avaient beaucoup de mal à prendre leurs billets mais nous avons attendu tranquillement. Seulement, derrière nous attendait tout le train ! Une masse compacte s'était formée et c'est le bordel. Je prends vite les billets et on passe tout aussi rapidement le contrôle tout en essayant de se frayer un chemin dans la cohue.

On se met en avant du train qui (mais à ce moment-là, on ne le sait pas) deviendra l'arrière du train une fois à destination. Notre wagon se remplit et le voyage continue.

Il faut savoir que le parapente est une activité fortement météo-dépendante : même s'il fait beau, on n'a pas l'assurance de pouvoir décoller et on est obligé de surveiller toute évolution dangereuse du ciel. De ce fait, tout bon parapentiste est un expert météo...

Ainsi donc, dans le train, Amour analyse la situation qui n'est pas très bonne :

la visibilité est mauvaise, il n'y a pas de vent et l'humidité est trop importante pour qu'elle puisse s'évaporer rapidement si le soleil revient (car il est prévu qu'il y ait des éclaircies en début d'après-midi).

Pendant ce temps, le groupe de Chinoises à mes côtés ouvrent un paquet de bonbons dont l'odeur chimique envahit tout le wagon. Ma voisine textote sur son portable tout en me donnant des coups de coude. Elle s'en prend un et s'arrête enfin.

On arrive à destination. Il est treize heures trente et je meurs de faim. On avise un restaurant de l'autre côté de la place de la gare au-dessus d'une boutique de souvenirs. Cela sent l'attrape-touristes mais on ne trouve aucune indication de la présence d'autres restaurants même si on en a découvert dans une des rues allant vers le lac.

On déjeune rapidement puis on retourne à la gare où se trouve l'office de tourisme. On se fait passer devant par des touristes asiatiques... On se renseigne sur la météo et la dame de l'office de tourisme est catégorique : on n'a aucune chance d'apercevoir le Mont Fuji aujourd'hui et demain. Je suis déçue et j'explique la situation à Amour qui comprend. On demande si l'hôtel n'est pas trop loin car il est trop tôt pour appeler la navette et on part en direction du lac. La balade est très agréable car le soleil commence à percer mais pas de Mont Fuji en vue car il est caché par les nuages.

Arrivés au pied de l'hôtel, Amour se moque de moi car il est à flanc de montagne et le chemin qui y mène est sacrément raide : "Tu as choisi les hôtels en fonction de la pente ?". Moi : "Hin... (reprend son souffle bruyamment) Hin... (reprend son souffle) Hin... (bis repetita)"

De l'extérieur, l'hôtel ne paye pas de mine mais il est superbe à l'intérieur avec une vue sur le lac à couper le souffle. Il est trop tôt pour le check-in mais on demande à laisser nos bagages, ce que fait tout bon hôtel au Japon.

Celui-ci se trouve juste à côté du téléphérique qui amène au mont Kachi Kachi カチカチ山. On décide de le prendre pour se balader en montagne.

En faisant la queue, on découvre l'histoire assez gore du lapin et du tanuki. Comme le montre l'image, le lapin met le feu au tanuki et l'un des deux meurt noyé. C'est une histoire pour enfants...

 La légende du lapin qui met le feu au tanuki...

 On prend le téléphérique Tanuki.

 Carte du Mont Kachi Kachi (aye aye aye) © www.kachikachiyama-ropeway.com

A l'arrivée, on est dans un endroit très touristique avec des statues de tanuki et de lapin jusque dans les toilettes.

Des tanuki et des lapins un peu partout © Aventure Japon 2016

On prend des photos des nuages qui nous cachent le Mont Fuji lorsque je me rends compte qu'un bout du sommet enneigé apparaît... Effervescence, on mitraille le petit bout qui dépasse et qui se dévoile de plus en plus. Après une accalmie, on se dirige vers le sommet pour avoir une meilleure vue.

Le Mont Fuji dans les nuages © Aventure Japon 2016

Et là, on s'installe : on sort le trépied, on se prend en photos comme de vrais touristes. Amour est sollicité pour prendre en photo les autres touristes. Il fait beau, tout le monde est content !

 

Dîner dans un routier sympa

Un bon conseil pour les personnes qui désirent passer la nuit à Fuji-Kawaguchiko : prenez la formule nuit et repas du soir car la ville, à la nuit tombée, est déserte ! Nous avons marché pendant presque une demi-heure pour trouver un restaurant d'ouvert. A part un combini, tout était fermé. Heureusement, on a pu trouver un resto bien animé qui faisait penser à un routier sympa, très américanisé. C'était ça ou le restaurant chinois de l'autre côté de la rue !

Il faut savoir aussi que les nuits sont fraîches et la brume se lève rapidement. Le retour s'est fait très rapidement. J'ai profité du sentô 銭湯 de l'hôtel, fait fuir quatre Japonaises qui se baignaient alors et pu barboter toute seule dans le rontemburô 露天風呂 avant de rejoindre Amour qui s'amusait comme un petit fou dans son yukata 浴衣 prêté par l'hôtel.

Les vacances commencent vraiment !

 

Le voyage continue à Kyôto.

Jour précédent : Deuxième jour à Tokyo