Cela faisait cinq ans que je n'étais pas revenue au Japon. Et c'était la première fois que j'emmenais mon amour de mari dans ce pays si lointain.

C'est la raison pour laquelle j'ai choisi de faire un parcours très touristique car je voulais lui montrer les endroits les plus emblématiques du pays comme le Palais impérial de Tokyo 皇居 (sauf que l'on a pas eu le temps d'y aller...) ou le Kiyomizudera 清水寺 (mon temple préféré à Kyôto sauf qu'il était trop tard pour voir les Light-up et la journée, il est caché par une bâche car en travaux). Il était prévu de faire, en deux semaines, une boucle passant par Tokyo 東京, la région du Mont Fuji 富士山, Kyôto 京都, Himeji 姫路城, Hiroshima 広島 et Miyajima 宮島 puis Kanazawa 金沢 et les Alpes japonaises 日本のアルプス avant de rentrer à Tokyo.

 Notre parcours au Japon, avril 2016 © Aventure Japon et Google

Nous sommes partis début avril car je voulais montrer les fameux cerisiers en fleur 桜 du Japon à mon mari. Sachant que ce dernier a une préférence pour le grand air (dans tous les sens puisqu'il fait du parapente et qu'il adore la randonnée en montagne) et qu'il n'aime pas beaucoup la foule ou faire les magasins, le choix n'était pas facile. Mais Tokyo regorge de jardins et on peut y faire de belles balades sans rencontrer trop de monde (à l'échelle tokyoïte s'entend...) J'ai quand même privilégié les endroits "nature" comme Miyajima (si, si...) ou la montagne.

Je dois avouer que compte tenu de l'hiver particulièrement doux que nous avons eu en France et au Japon, je m'inquiétais des dates de floraison des cerisiers qui allaient être en avance. J'avais raison de m'inquiéter puisque 2016 fut une année extrêmement précoce avec un début de floraison au 23 mars pour Tokyo et 25 pour Kyoto. Nous sommes finalement arrivés dans ces deux villes au tout début de la fin de la pleine floraison pour Tokyo et en pleine floraison pour Kyôto sauf qu'il a fait très mauvais le lendemain et les pétales n'ont pas tenu. Ce fut d'ailleurs le seul mauvais jour de ces deux semaines. Nous avons eu beaucoup de chance côté météo : lorsque la pluie était annoncée, elle ne se manifestait que le soir ou le matin lors du petit-déjeuner. Par contre, les températures étaient plus clémentes que prévues dans la journée et nous nous sommes retrouvés tout collants après nos exploits sur l'île de Miyajima où l'on s'était mis en tête d'aller au sommet du Mont Misen 弥山 ainsi qu'au sanctuaire de Fushimi-Inari 伏見稲荷大社 où l'hygrométrie était bien élevée.

Prévison des dates de floraison des cerisiers début mars 2016 © Sakura Weathermap

 J'ai fait une erreur lors de l'organisation du voyage : ne pas tenir compte des trajets entre les villes que nous allions visitées. Car, aussi curieux que cela se trouve, il n'existe pas de ligne de train directe depuis Fuji-Kawaguchiko 富士河口湖 pour récupérer le shinkansen 新幹線 en direction de Kyôto. Il faut pour cela soit revenir à Tokyo même ou à Shin-Yokohama 新横浜 à moins de perdre un temps fou dans les bus locaux. Lorsque je me suis rendue compte du problème, il était trop tard pour trouver un hôtel à Hakone 箱根, plus proche de la ligne ferroviaire du Tôkaïdô 東海道.

Avant le départ, j'ai apporté quelques changements à notre parcours : nous devions rester 4 nuits à Kyôto mais la plupart des hôtels étaient déjà réservés. Nous avons choisi de dormir dans un shukubo 宿坊 (une sorte de guesthouse dans un temple bouddhiste) comme cela se fait à Kôya-san 高野山 pour seulement deux nuits en raison des prix prohibitifs. J'ai pu trouver un bon hôtel à Okayama 岡山 qui a l'avantage de se trouver à une heure trente seulement de Kyôto et nous en avons profiter pour visiter le jardin, le Kôrakuen 後楽園, et le château d'Himeji qui ne se trouve qu'à vingt minutes en shinkansen de la ville.

Ce voyage aurait dû être une joie mais, malheureusement, comme le savent ceux qui me suivent sur twitter, l'année avait très mal débuté. j'ai failli tout annuler mais mon mari a insisté pour partir et il a eu raison même si maintenant que nous sommes de retour, nous avons tous les deux bien occupés.

 

Départ pour le Japon !

Nous sommes partis de Paris-Charles de Gaulle le samedi 3 avril pour arriver à Narita 成田空港 le dimanche matin. Le vol s'est bien passé. Je n'ai pas réussi à dormir et à me mettre à l'heure japonaise comme j'en ai l'habitude. J'ai l'impression que les sièges avion et les rangées entre les sièges diminuent d'année en année. Je ne fais qu'un mètre soixante et pourtant mes genoux touchaient le siège devant moi ! Le tout dernier vol, nous étions dans un Boeing 747-400 et c'était merveilleux mais cet avion est désormais trop vieux et c'est bien dommage. Avant, Air France prenait des Airbus A-340 pour faire Paris-Tokyo. J'ai l'impression qu'ils étaient plus spacieux que les actuels 777-300 mais je peux me tromper.

Une fois descendus de l'avion, nous sommes arrivés dans le hall pour les formalités de police de l'air. Et là, une foule immense comme je n'en avais jamais vu à Narita ! Heureusement, un officiel nous fait passer dans une autre salle vide. De toute façon, ils n'avaient pas le choix car, derrière nous, la queue débordait de la salle d'attente... Comme à leur habitude, les officiers de l'immigration chargés de nous donner notre visa étaient aussi aimables que des portes de prison mais j'ai appris à ne plus y faire attention. Je fais en sorte d'être polie en disant bonjour et merci en japonais sans attendre de leur part le moindre mot (qui ne viendra pas de toute façon). Aux douanes, ils ont été adorables ! Ils ont d'abord commencé à parler en anglais puis sont passés à un mix nippon-anglais assez amusant. Mon mari n'a pas compris un seul mot et lorsque je lui ai dis que c'était de l'anglais, il ne m'a pas crue.

Une fois sortis, on a récupéré de l'argent liquide à l'unique ATM qui se trouve avant les escaliers (et en face du comptoir d'information) pour rejoindre les lignes JR et Keisei pour se rendre à Tokyo. J'ai pour habitude de ne jamais changer d'argent avant de partir au Japon car les commissions sont trop élevées. Un calcul rapide montre qu'il est préférable de retirer ce dont on aura besoin pour la nourriture et les petits achats et de ne payer en carte de crédit que les montants supérieurs à 10.000 yens sachant que j'utilise depuis longtemps l'équivalence 8 euros pour 1.000 yens pour calculer au doigt mouillé le montant de nos dépenses. Il est assez rare que les taux de change fluctuent énormément. Bien entendu, si on a 6 euros pour 1.000 yens, c'est génial mais c'est de plus en plus rare. Au-delà de 8 euros, je déconseillerai presque de partir au Japon car les coûts deviennent prohibitifs (mais cela reste possible à condition de faire attention).

On part récupérer notre JR Pass. La dernière fois, je me rappelle il n'y avait qu'un groupe de Chinois avant moi. Cette fois-ci, ils avaient enlevés les sièges et la queue était dehors !! J'ai un tout petit peu râlé mais nous n'avions pas le choix que d'attendre plus d'une demi-heure (raaaaahh...) pour récupérer le précieux sésame. Il est possible d'éviter cet écueil en passant par Haneda 羽田空港, l'autre aéroport de Tokyo qui est plus proche de la ville que Narita et qui est désormais accessible aux vols internationaux depuis l'Europe. On peut alors récupérer son JR Pass dans Tokyo même.

 A cinq minutes près, on aurait pu prendre le Narita Express mais on a dû attendre le suivant. Aucun de nous deux n'avait de toute façon envie de courir pour attraper le train. J'ai dépensé mes premiers sous en prenant une boisson à base de thé. Comme nous n'avions pas beaucoup dormi dans l'avion, nous avons profité de l'attente puis du train pour se reposer avant d'affronter le monstre : la gare JR de Tokyo 東京駅 que j'essaye d'éviter au maximum lorsque je suis à Tokyo !

Nous n'avions qu'un seul changement à faire à Tokyo. Heureusement, nous étions hors heures de pointe (en même temps, on était dimanche...) et nous avons pu faire notre changement avec les valises sans trop de problème direction Ochanomizu 御茶ノ水, quartier que je connais bien. Nous avions deux bonnes heures de retard sur l'horaire prévu et je mourrais de faim. Pour couronner le tout, notre hôtel était en haut d'une colline. Je dois avouer être arrivée en haut trempée et le souffle aussi élégant qu'un phoque asthmatique...

Même s'il était plus tôt que prévu pour le check-in, notre chambre était déjà prête et nous avons pu y laisser les bagages avant de partir à la recherche d'un restaurant dans le quartier d'Ueno 上野. Vous allez me dire : mais il y a plein de restos à Ueno !! Oui mais, c'était sans compter sur mon mari...

 

A la recherche d'un resto !

Mon mari est un être adorable mais il peut être grognon par moment. Et lorsqu'il est grognon, il faut être patient. Sauf qu'avec onze heures de vol et sept de décalage horaire, ce n'est pas évident mais j'étais trop épuisée pour m'énerver.

J'adore la viande, mon mari n'aime pas. Il adore les sushis, si je peux éviter... J'aime bien le poisson mais en dépiauter un avec les baguettes, c'est l'horreur. Malgré la fatigue, je devais tout traduire et expliquer le plat en question. C'est juste épuisant mais comme j'étais déjà épuisée... Mon mari se plaignait que tout ce qu'il voyait était trop gras. Je n'ai compris que plus tard que ce qu'il prenait pour du gras était en fait le plastique des plats qui luisait sous les lumières ! Heureusement, nous avons trouvé un restaurant dont les plats étaient présentés en photo. Nous sommes montés à l'étage, nous avons enlevé nos chaussures et nous nous sommes rendus compte que le resto était fumeur ! Mais bon, tant pis ! Nous avions faim : il était déjà quinze heures. On nous donne le menu et là, l'attente commence. Nous étions les seuls gaijin, les seuls étrangers du resto, l'air hagard, décoiffés, les vêtements froissés... On a été patients mais lorsque j'ai vu l'énième client arrivé après nous se faire servir, je n'étais pas contente et j'ai commencé à guetter le premier serveur qui passerait près de nous. On se serait crus dans une brasserie parisienne... Lorsqu'un serveur est enfin passé suffisamment prêt pour m'entendre, je l'ai hêlé le plus courtoisement possible car je n'avais plus d'énergie pour me plaindre. Heureusement, le repas était bon et copieux, le mari était content. A la sortie, je suis restée polie malgré l'attente injustifiée et j'ai dit Gochisô-sama deshita 御馳走様でした "Merci pour ce repas" et là, j'ai eu droit à un superbe compliment : "Oh ! Good Japanese !"

 Une amie m'avait conseillée : même si les personnes sont désagréables avec toi, reste polie. Et elle avait raison. Cela ne sert à rien de se dire : "c'est un comportement raciste". Il suffit d'être poli, de discuter calmement et tout s'arrange.

Comme nous étions près du parc d'Ueno 上野公園, nous y sommes allés pour voir les cerisiers. Et là...

 

L'enfer sur terre (ou presque)

Plus un espace de libre pour faire hanami © Aventure JaponJe savais qu'il allait y avoir du monde : c'était le week-end, on était en plein hanami 花見 mais je n'avais pas encore expérimenté le tsunami de touristes asiatiques... Cinq ans en arrière, il y avait déjà quelques touristes étrangers à Ueno mais rien en comparaison avec ce que j'ai vu ce jour-là. Je dois avouer que j'ai été soufflée : j'en avais entendu parler mais je ne pensais pas que c'était à ce point-là. On se serait crus à Versailles un jour d'été ! Du monde partout qui marchent dans toutes les directions sans faire attention aux autres personnes qui évoluent autour d'elles. Faire des photos relève du miracle dans de telles conditions !

Heureusement, il y avait les cerisiers en pleine floraison même si les pétales commençaient déjà à tomber avec le vent. Le sol était recouvert de bâches bleues dont il était impossible de distinguer la couleur tant il y avait de monde en train de manger ou de boire tout en riant à gorge déployée (j'ai remarqué que plus le degré d'alcoolisation du Nippon était élevé, plus il rigolait).

 L'éventualité de s'asseoir sous un cerisier pour faire hanami étant mission impossible, nous nous sommes baladés, nous avons tenté de prendre des photos mais ce n'est pas facile lorsque l'on se fait bousculer ou lorsqu'un groupe passe entre le photographe et son sujet !

 

Le parc d'Ueno envahi par les touristes © Aventure Japon

Mais le pire fut lorsque nous nous sommes dirigés vers le temple Benten-dô 弁天堂 pour rejoindre l'étang Shinobazu 不忍池. Il y avait tellement de monde qu'il n'y avait plus besoin de marcher... On était une vague qui essayait de se frayer un passage dans un chemin trop petit tout en essayant d'éviter l'autre vague qui nous arrivait en face... Un papy nippon armé de son mégaphone essayait tant bien que mal d'organiser un semblant de circulation. Il a toute ma reconnaissance car il a réussi à bloquer un troupeau de touristes chinois qui nous ont doublé en donnant des coups de coude et d'épaules (un s'est fait marcher sur les pieds en raison de ma maladresse...) qui se sont alors retrouvés derrrière nous ! Une fois le temple dépassé, le flux humain s'est calmé et on a pu (presque) profité des cerisiers et des cygnes multicolores sur l'étang.

Les cygnes de l'étang Shinobazu © Aventure Japon

Lorsque j'arrive au Japon, je fais en sorte de me caler sur l'heure locale et je sais par expérience qu'il faut éviter de se coucher trop tôt le premier soir sinon on ne récupère du décalage horaire qu'en une semaine au lieu de trois jours. Le meilleur moyen de récupérer du changement d'heure est de faire une activité sportive (running ou natation) pendant au moins une demi-heure le premier jour mais là, je n'avais pas de piscine sous la main et je devais surveiller mon mari pour ne pas le perdre... Ainsi donc, on est parti vers Asakusa 浅草 pour ne pas rentrer à l'hôtel où on se serait couché tout de suite. J'ai montré la porte du tonnerre 雷門 (ou de la foudre, c'est selon) à mon mari et nous nous sommes dirigés vers les bords de la Sumida 隅田川, effrayés par le monde qui se trouvait dans le passage qui conduit au temple Sensô-ji 浅草寺.

Le plan de Tokyo en japonais (illisible pour ceux qui n'ont pas étudié le japonais)Mon amour a ainsi découvert le métro de Tokyo ! Dès qu'il voyait des tourniquets, il voulait s'y diriger, je devais lui expliquer que ce n'était pas la bonne ligne et il ne comprenait pas pourquoi il n'y a pas de connection comme à Paris. Nous arrivons devant la bonne entrée. Je prends les tickets tout en expliquant sommairement comment la tarification fonctionne à Tokyo. Je montre à mon amour la carte des stations toutes écrites en japonais avec le tarif correspondant. "Nous, nous sommes à 上野. On va à 浅草. Là, tu vois, c'est écrit 160 sous 浅草, c'est le prix à payer." Mon mari regarde la carte dans le vague, à moitié assommé par le décalage horaire et le choc culturel. Je prends les tickets et je le pousse gentiment vers l'entrée...

Sur les bords de la Sumida © Aventure Japon

J'ai enfin vu la fameuse Sky Tree. Si nous étions arrivés plus tôt (notre avion avait du retard en raison d'un bagage égaré - pourquoi pas, j'en ai entendu des excuses bidon pour expliquer le retard d'un avion),  il était prévu d'y aller tout en haut tout en priant qu'il n'y ait pas de tremblement de terre à ce moment-là... La nuit était tombée, cela faisait plus de vingt heures que nous étions debout et nous commençons sérieusement à fatiguer. Nous avons pris quelques photos avant de rentrer à l'hôtel où nous avons enfin pu prendre une bonne douche. Nous n'avions pas faim et nous avons préféré nous coucher plutôt que de ressortir pour aller manger.

 C'en était fini de notre première journée à Tokyo !

 

La suite du voyage : deuxième jour à Tokyo.