Sa Majesté chez les Nippons [Épisode 67]

 

René Faverges, le nouveau consul adjoint « temporaire » arriva le surlendemain. Il n’était pas très grand et sa chemise trop serrée laissait apparaître un nombril poilu que Konda nota de suite lorsqu’il l’accueillit. Il réprima une grimace lorsque le nouveau le salua d’une main molle.

— Bonjour, je suis René Faverges, Tokyo m’envoie temporairement pour remplacer votre ancienne consule adjointe. J’ai rendez-vous avec Monsieur Cusseaud, le consul général.

— Ha… Je n’étais pas au courant qu’il y avait un remplaçant pour Madame Tatin et que M. Kuso avait un rendez-vous ce matin. Vous permettez ? Je vais voir s’il peut vous recevoir, fit Konda tout en prenant son téléphone.

— QUOA ?

Cusseaud était d’humeur exécrable depuis son retour de Tokyo il y a une semaine. Konda prit une longue inspiration avant de continuer :

— M. Faverges, consul général adjoint de Tokyo est dans mon bureau. Il a rendez-vous avec vous…

— Hé bien ! Faîtes-le entrer ! Qu’est-ce que vous attendez ! cria Kuso avant de raccrocher brutalement. Konda fit entrer le nouveau dans le bureau de Sa Majesté qui n’avait daigné informer le personnel consulaire de l’arrivée officielle d’un remplaçant.

— Ah ! Bonjour, mon cher ami ! fit Cusseaud, faussement jovial, les bras levés comme s’il accueillait une vieille connaissance. Il se tourna vers son secrétaire, le visage fermé : Konda, qu’on ne nous dérange pas.

Celui-ci ne prit même pas la peine de répondre et retourna au plateau consulaire pour prévenir ses collègues.

— Le nouveau est arrivé, dit-il en s’asseyant dans un des nombreux fauteuils vides.

? Comment est-il ? demanda Murakami.

— Un fonctionnaire français dans toute sa splendeur. Main molle, toutefois.

— Ha, ce n’est pas bon. Il faudra se méfier de lui.

— C’est de tous ces foutus gaijin de malheur dont il faut se méfier.

Atsumi était déjà en colère. Elle perdait patience de plus en plus rapidement sauf devant les « gaijin » comme elle disait. Konda soupira : ce n’était pas une bonne idée d’attendre avec les autres. Il se leva pour retourner à son bureau :

— Je vous tiens au courant dès que j’ai du nouveau.

 

Deux heures plus tard, Cusseaud sortit enfin de son bureau.

— Ah, Konda ! Voici Monsieur René Faverges, le remplaçant de Madame Tatin. Vous pouvez appeler vos petits camarades ? Qu’ils viennent dans mon bureau. Rapidement.

Konda faillit corriger Kuso en précisant « temporaire » mais il resta silencieux. Il n’était pas censé être au courant. Il appela ses collègues et attendit qu’ils soient là pour entrer tous ensemble dans le bureau du consul.

— Ah, enfin ! fit ce dernier. Mesdames, Messieurs, je vous présente votre nouveau consul-adjoint, Monsieur René Faverges, qui vient remplacer Madame Tatin.

— Monsieur Faverges, mais vous travaillez à Tokyo. Qui va vous remplacer là-bas ? demanda Murakami.

— Heu… Personne…Je conserve mon poste à Tokyo, le temps de…

— Bon, coupa Cusseaud. Monsieur Faverges est nommé à Osaka pour prendre la suite de Madame Tatin qui, comme vous le savez, nous a quittés dans d’horribles circonstances.

Rien de nouveau sous le soleil, pensa Konda qui s’ennuyait déjà.

— Le temps qu’un remplaçant pérenne vient occuper le poste vacant, Monsieur Faverges est ici pour... Cusseaud se reprit rapidement : Heu… Il est ici en tant que consul adjoint, pour me seconder… Voilà… Pas de question ? Très bien !

 

Faverges fut le dernier à sortir. Lorsqu’il arriva enfin au plateau consulaire, il se rendit compte qu’il était tout seul. Il se dirigea vers le bureau de Madame Tatin mais celui-ci était fermé à clef. Sa paupière supérieure droite se mit à cligner sans qu’il ne puisse y faire quoi que ce soit.

En mode clignotant bloqué à droite, il repartit vers le bureau du secrétaire du consul.

Personne. Il s’arrêta pour prêter l’oreille mais il n’entendit aucun bruit, à croire que les personnes qu’il venait de croiser s’étaient évaporées dans l’atmosphère comme des fantômes. Il voulut frapper à la porte du consul mais il l’entendit parler au téléphone. Il attendit que la conversation se termina, la main prête à frapper. C’est alors que Cusseaud sortit et faillit rentrer dans son nouvel adjoint.

—Mais que faîtes-vous là ? lui cria-t-il.

— Le bureau du consul adjoint est fermé à clef…

— Que voulez-vous que cela me fasse ! Débrouillez-vous !

Faverges soupira. Il regarda sa montre, il était onze heures cinquante-huit. Tout le monde devait être parti déjeuner, ce qui pouvait expliquer la situation. Il se résolut à faire de même. 

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