Sa Majesté chez les Nippons [Épisode 66]

 

SUITE AU REGRETTABLE DECES DE MADAME MONIQUE TATIN, ET AFIN D’ASSURER LA PERENNITE DU SERVICE CONSULAIRE, LE DEPARTEMENT SE TROUVE DANS L’OBLIGATION D’AFFECTER TEMPORAIREMENT LES ACTIVITES D’ETAT-CIVIL DU CONSULAT GENERAL DE FRANCE SIS A OSAKA AU CONSULAT GENERAL DE FRANCE SIS A TOKYO.

POUR ASSURER LE TRANSFERT DE COMPETENCES, MONSIEUR RENE FAVERGES, PREMIER ADJOINT AU CONSUL GENERAL DE FRANCE SIS A TOKYO, EST TEMPORAIREMENT AFFECTE AU CONSULAT GENERAL DE FRANCE SIS A OSAKA.

 

Konda lut et relut le paragraphe. Il n’y avait plus aucun doute : si les dossiers d’Etat-civil partaient à Tokyo, c’était la fin du consulat d’Osaka. C’était la seule activité importante qui leur restait, la seule qui justifiait encore son existence.

Il hésitait à prévenir ses collègues : il n’avait pas le droit de lire les télégrammes diplomatiques et, encore moins, d’en révéler le contenu à quiconque. C’était le rôle du Kuso si ce dernier voulait bien consacrer un peu de son temps au consulat. Konda aurait aimé réfléchir tranquillement à son avenir, soupeser toutes les possibilités qui s’offraient à lui avant de révéler à ses collègues ce qu’il venait d’apprendre. Mais, en même temps, l’information était trop importante pour qu’il la garde pour lui.

Il prit son courage à deux mains et partit en direction du plateau consulaire. Lorsqu’il arriva, il les regarda travailler un instant. Murakami était au téléphone souriante et maternelle, Atsumi tapait avec application sur son anti-diluvienne machine à calculer, les lunettes sur le bout du nez prêtes à tomber, et Fujisaki était concentrée sur son travail comme si elle était seule au monde. Il s’installa à un bureau vide et attendit qu’elles veuillent bien lui prêter attention.

Konda-chan, nani ? Que se passe-t-il, Konda ? demanda Atsumi.

— De mauvaises nouvelles, répondit-il.

Murakami et Fujisaki levèrent la tête de leur bureau en sa direction. Si Konda s’était déplacé jusqu’à ici, c’est que cela devait être important. Elles arrêtèrent de travailler et le rejoignirent.

— Je viens d’apprendre par télégramme diplomatique, que je ne suis pas censé lire et dont l’information qu’il contient ne doit pas être divulguée, qu’un nouveau consul adjoint va être nommé à Osaka…

— Mais c’est une bonne nouvelle, ça, le coupa Murakami.

Atsumi lui fit signe de se taire et inclina la tête en direction de Konda pour qu’il continue :

— Sauf que le nouveau consul adjoint est déjà consul adjoint. C’est le premier adjoint au consul de Tokyo…

— Quoi ! fit Atsumi.

— C’est Faverges qui doit venir « temporairement »…

— Le temps de nommer un nouvel adjoint, non ? le coupa à nouveau Murakami.

— Et ils ont décidé de fusionner les listes d’Etat-civil !

— Mais c’est pas possible ! cria Murakami qui était la responsable de l’Etat-civil à Osaka. Ils ne peuvent pas m’enlever mon travail. Que fais-je faire alors ?

Personne ne répondit car Atsumi et Fujisaki avaient déjà compris ce qui était en train de se jouer.

— S’il n’y a plus de visa, de passeport et d’Etat-civil, le consulat d’Osaka n’a plus de raison d’exister, résuma Atsumi tout en gardant la tête baissée.

— C’est la conclusion à laquelle je suis arrivé après la lecture du TD, TD que je précise, je suis censé n’avoir jamais lu. Cette information, nous ne la connaissons pas encore mais j’ai pensé que c’était trop important pour ne pas vous en parler.

— Et tu as bien fait. Je t’en remercie, ajouta Atsumi.

— Qu’allons-nous devenir si le consulat ferme ? geignit Fujisaki qui se tordait les mains d’angoisse.

— Pour l’instant, rien n’est officiel, précisa Konda. On n’est pas censé être au courant. Il faut d’abord s’assurer que le consulat va bien fermer avant de faire quoi que ce soit.

— Quelle est ton idée ? demanda Atsumi.

— On attend que le nouveau arrive et selon ce qu’ils nous disent, on avisera.

— C’est-à-dire ?

— Soit ils ne nous disent rien, dans ce cas, on appellera Tokyo ou Paris. Soit ils nous préviennent que le consulat ferme et là, il faudra agir en conséquence.

— Mais qu’est-ce que l’on pourrait faire ? demanda Fujisaki.

— J’ai ma petite idée là-dessus, répondit Konda en souriant.

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