Sa Majesté chez les Nippons [Épisode 51]

 

De retour à Osaka, Pierre-Victor était à mille lieues de se figurer qu’une confidence confiée alors qu’il évoluait dans les eaux chaudes et tranquilles de Kawayu allait déclencher une telle tempête. Il n’imagina pas une seconde que son jeune protégé pouvait cacher sous des dehors avenants un être abject. Car il ignorait que Romain était aussi journaliste et lorsque ce dernier appela Tokyo pour avoir confirmation de la fermeture du consulat d’Osaka, un déluge d’insultes s’abattit sur le pauvre Pierre-Victor.

— Mon Dieu ! Mais c’est pas possible ! Où est ce merdeux de première que je l’étripe moi-même de mes propres mains, hurla l’ambassadeur en faisant mine d’étrangler quelqu’un.

Tous ses conseillers étaient dans son bureau mais personne ne soufflait mot. Ils n’avaient jamais vu leur ambassadeur dans un tel état et ils étaient à la fois soulagés de ne pas en être la cause et furieux après Cusseaud d’avoir réveillé la bête infâme qui sommeille en tout diplomate calme et équilibré.

— Annoncer à un journaliste, à un gratte-papier de merde que le consulat va fermer ! Mais c’est pas possible, tonna l’ambassadeur. C’est pas possible ! Rah…

Il se leva. Tous ses conseillers, dans un même ensemble, firent un pas en arrière.

— Mais comment va-t-on va régler ce problème ? Comment ?

Plusieurs bruits de déglutition se firent entendre. Des regards effrayés s’échangèrent, chacun faisant violemment mais discrètement non de la tête. Puis tous les yeux se tournèrent vers le premier conseiller qui leur fit le geste de patienter. Il fallait attendre que le déchaînement de fureur se calme avant d’intervenir.

L’ambassadeur allait et venait de son bureau à la fenêtre. Tel un essaim de mouches un jour d’orage, il occupait tout l’espace de sa présence et de sa voix. Puis, au bout d’un instant, il se rassit, tapa plusieurs fois du poing sur son bureau, maugréa des mots incompréhensibles puis redevint silencieux. Edouard en profita alors pour prendre la parole.

— La première chose à faire est de nier ca-té-go-ri-que-ment la nouvelle. Le consulat d’Osaka ne va pas fermer, du moins pas dans l’immédiat, mais cela, ils ne le savent pas donc gardons-le pour nous. Ensuite, si ce journaliste ou ses petits copains insistent, les renvoyer sur Paris qui saura les torcher mieux que nous.

— Et les Français du Kansai ? osa le conseiller culturel.

— Les Français du Kansai, on les emm… hurla l’ambassadeur.

— Les Français du Kansai, on leur dit la même chose : le consulat ne va pas fermer. Un point, c’est tout.

— Oui mais… hésita le conseiller culturel. Cela se présente mal avec le regroupement du bureau des visas d’Osaka avec celui de Tokyo.

— Je savais que c’était une mauvaise idée. Je le savais, se lamenta l’ambassadeur. Mais pourquoi a-t-on laissé faire cet abruti ? C’était trop tôt et, maintenant, on est dans la merde… C’est pas possible !

Henri-Aymard recommençait à s’énerver. Le premier conseiller prit l’initiative pour calmer son supérieur.

— Tout n’est pas perdu : le consulat ne ferme pas, du moins, pas dans l’immédiat, répéta-t-il, en faisant signe à chacun de se calmer et, surtout, de se taire.

L’ambassadeur prit son téléphone et hurla dans le combiné.

— Françoise ! Il faudra m’arranger une entrevue avec ce con… sul de mes deux. Comment ça ? Il sera à Tokyo, demain. Ah, oui, c’est vrai, la réception en l’honneur de l’empereur. Cette merde est invitée ? C’est une erreur mais, pour une fois, cela nous arrange. Non, non, ne faites rien. Je m’en charge. Merci, Françoise.

Et il raccrocha violemment.

— Bon ! Hé ben, Messieurs, si le mouton vient lui-même à l’abattoir, que demander de plus ?

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