Sa Majesté chez les Nippons [Épisode 46]

 

Le téléphone venait de sonner. C’était la ligne directe avec Tokyo. Notre consul se dépêcha de décrocher l’appareil.

— Monsieur l’ambassadeur, comment allez-vous ? fit-il.

— Ah, Pierre, j’ai eu des échos du voyage du ministre dans le Kansai. Apparemment, tout s’est bien passé. Le ministre en était ravi.

Cusseaud se pinça les lèvres au souvenir de tout ce qu’il avait enduré.

— Je vous le confirme : tout s’est passé à merveille.

— C’est très bien. Continuez comme cela mon brave !

— Merci, Monsieur l’ambassadeur…

 

Pierre-Victor était aux anges. Cet abruti de ministre avait donc passé un bon moment. Bon, c’est vrai, à mes dépens mais quand même recevoir les félicitations de l’ambassadeur, c’était quelque chose ! En plus, il l’avait appelé directement, sans passer par sa secrétaire, c’est dire ! Ma foi, Pierrot, tu es le meilleur !

Et il se leva pour aller rejoindre son adjoint pour partager l’heureuse nouvelle. De retour dans son bureau, il croisa dans le couloir un jeune homme qu’il ne connaissait pas.

— Monsieur le consul général, je suis ravi de faire votre connaissance, dit ce dernier d’une voix suave.

— Monsieur ?

— Je m’appelle Romain Fougasse, je suis au Japon pour terminer ma thèse sur André Malraux et le Japon.

— Et ?

— Saviez-vous que notre ministre de la culture, était fasciné par le Japon ? Il se trouve que je dois me rendre à Wakayama sur les anciens chemins de Kumano où il est allé et dont il parle avec tant d’admiration dans ses livres. J’avais pensé que cela pourrait vous intéresser. Les officiels de la région cherchent à développer le tourisme dans cette partie du Kansai et… Oh, mais je m’excuse. Vous devez être très occupé et je n’ai pas pris rendez-vous. J’allais le faire auprès de votre secrétaire lorsque je vous ai vu.

Moi aussi, je t’ai vu, pensa Cusseaud qui dévorait des yeux le jeune homme.

— Vous avez dit André Malraux ?

— Oui.

— Entrez, nous serons plus à l’aise dans mon bureau.

Il fit entrer le jeune homme dans son bureau et passa rapidement une tête dans celui de son secrétaire.

— Je suis en rendez-vous. Que personne ne me dérange !

Konda ne répondit pas. Il prit l’agenda du consul pour vérifier s’il avait bien rendez-vous. Rien n’était marqué. Il soupira. Sa Majesté a demandé à ne pas être dérangée, je ne vais pas le déranger, se dit-il. Il prit quelques pièces de monnaies dans un tiroir et sortit prendre un café. 

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