Itô Hirobumi est l’un des hommes d’Etat les plus importants du Japon moderne. Sa carrière politique couvre la presque totalité de la période de Meiji (1868-1912). Il y aura joué un rôle crucial dans la modernisation de l’organisation politique du pays.

 

Originaire du fief de Hagi (Hagi-han 萩藩connu aussi sous le nom de Chôshû 長州), il est un fervent adversaire de la présence étrangère au Japon à l’époque du Bakumatsu 幕末, influencé en cela par son professeur Yoshida Shôin 吉田松陰 (1830-1859), principal idéologue du mouvement pour la restauration impériale et l’expulsion des étrangers, le sonnô jôi 尊王攘夷. Itô a notamment participé à l’incendie de la légation britannique de Shinagawa en janvier 1863.

 

En 1863, il part étudier en Angleterre en compagnie de Inoue Kaoru 井上馨 (1836-1915), futur homme d’Etat et diplomate de l’ère Meiji. L’année suivante, il apprend que Chôshû est en conflit avec les puissances occidentales suite au bombardement de Shimonoseki (Shikoku kantai Shimonoseki hōgeki Jiken 四国艦隊下関砲撃事件) et il rentre précipitamment chez lui.

 

De retour au Japon, il parvient à convaincre les officiels de Chôshû de l’importance de ne pas surenchérir dans leur affrontement avec les puissances occidentales et il participe aux négociations de paix en tant que traducteur aux côtés de Inoue Kaoru.

 

Avec la Restauration de Meiji en 1868, Itô participe au gouvernement en qualité de conseiller (san’yo 参与) en charge des Affaires étrangères.

 

En 1870, il part pour les Etats-Unis pour étudier le système monétaire international. De retour au Japon en 1871, il est nommé directeur du bureau des Taxes et puis vice-ministre des Travaux publics.

 

Il retourne à l’étranger en en tant que membre de la mission Iwakura, Iwakura Kengai Shisetsu 岩倉遣外使節, de 1871 à 1873, chargée de renégocier les traités inégaux de l’ère Ansei, Fubyôdô jôyaku 不平等条約, et d’étudier la société occidentale afin de s’en inspirer pour moderniser le pays.

 

De retour au Japon, il occupe différents postes ministériels et préside la première assemblée des gouverneurs des préfectures.

 

Le décès de Kido Takayoshi 木戸孝允 (1833-1877), en 1877 et l’assassinat d’Ôkubo Toshimichi 大久保利通 (1830-1878) en 1878 marquent un changement significatif dans le paysage politique japonais. Itô, alors ministre de l’Intérieur, et Ôkuma Shigenobu 大隈重信 (1838-1922), alors ministre des Finances, deviennent les nouvelles figures prédominantes du gouvernement. L’éjection d’Ôkuma après la crise politique de 1881 laisse Itô sans adversaire susceptible de lui faire de l’ombre.

 

En 1881, après être rentré de dix-huit mois d’études en Europe, principalement en Allemagne, sous l’égide de spécialistes en droit constitutionnel, Itô débute le projet d’une nouvelle constitution pour l’empire japonais, Dai Nippon teikoku kempō 大日本帝国憲法. Il écrit aussi le projet de loi sur la Maison impériale, Kōshitsu tempan 皇室典範, destiné à renforcer le prestige de la famille impériale en légiférant sur la succession et les titres des membres de la famille impériale et il institue la loi sur la noblesse (kazoku 華族) de 1884.

 

Avec l’établissement d’un système de cabinets ministériels modernes (naikaku 内閣) inspirés du modèle occidental en 1885, Itô devient le premier Premier ministre, sôri daijin 総理大臣, du Japon, servant à la fois comme ministre de la Maison impériale et président de la commission constitutionnelle. En 1888, il démissionne pour diriger le Conseil privé de l’empereur, Sūmitsu-in 枢密院, un organisme supra-gouvernemental créé pour adopter formellement la nouvelle constitution qui sera promulguée le 11 février 1889.

 

Itô est de nouveau nommé premier ministre de 1892 à 1896, période pendant laquelle le Japon remporte la première guerre sino-japonaise de 1894-1895, Nisshin Sensō 日清戦争. Itô représente le Japon lors des négociations de paix qui aboutirent à la signature du traité de paix de Shimonoseki le 17 avril 1895.

 

La victoire du Japon sur une armée chinoise supérieure en nombre marque l’émergence du Japon comme puissance dominante en Asie mais il marque aussi le début d’une politique étrangère basée sur l’expansion territoriale à l’image de celle des Occidentaux.

 

Auparavant, Itô avait réussi à annuler tout droit d’extraterritorialité détenu par les puissances occidentales au Japon (inclus notamment dans le traité commercial anglo-japonais de 1894). Aux yeux de la population japonaise, ces deux événements marquent l’aboutissement de la modernisation du pays qui est désormais l’égal des autres puissances occidentales.

 

En 1898, Itô débute un troisième mandat en tant que premier ministre. Le Jiyû-tô 自由党 (le Parti Libéral) et le Shimpo-tô 進歩党 (le Parti Progressiste) s’oppose à son projet d’augmenter les taxes foncières. En réponse, Itô dissout le parlement japonais, ce qui amène les deux parties à fusionner dans le Kensei-tô 憲政党 (Parti Constitutionnel) qui devient majoritaire lors des nouvelles élections. Itô est obligé de démissionner. Son expérience des partis politiques le pousse à en créer un nouveau, le Rikken Seiyûkai 立憲政友会 (les Amis du parti constitutionnel) en 1900. Il débute alors un quatrième et dernier mandat en tant que premier ministre. Mais l’obstruction des partis politiques continue mais cette fois au sein de la Chambre des pairs. En 1901, fatigué de politique et des manœuvres politiciennes, il démissionne.

 

Il retourne aux affaires politiques en 1903 en qualité de chef du Conseil privé, Sûmitsu-in gichô 枢密院議長. En 1904 éclate la guerre russo-japonaise, Nichiro Sensō 日露戦争, pour le contrôle de la Corée et de la Mandchourie. Avec la victoire japonaise de 1905, Itô se rend en Corée pour signer la Convention nippo-coréenne, Dainiji Nikkan kyōyaku 第二次日韓協約, de 1905 qui donne au Japon un contrôle total des relations étrangères coréennes. Il y retourne l’année suivante en tant que premier résident général, Kankoku tokan 韓国統監. En 1907, il force l’empereur de Corée à abdiquer et établit un protectorat japonais sur la péninsule coréenne, ouvrant la voie à l’annexion future du pays.

 

Il démissionne de son poste de résident général en 1909. Lors d’une tournée en Manchourie, la même année, il est assassiné à Harbin 哈爾浜 par An Chung-gŭn 安重根 (1879-1910), un nationaliste coréen.