D'août 1945 à septembre 1952, le Japon fut occupé militairement par les Forces alliées dirigées par le général Douglas Mac Arthur (1880-1964).

 

Au plus fort de l'occupation, 460.000 soldats américains se trouvaient sur le sol nippon. Pour les loger, de nombreuses constructions furent érigées dont les Washington Heights, un complexe résidentiel pour les militaires américains et leurs familles.

 

A l'origine, ce lieu, dont le nom signifie littéralement les Hauts de Washington, était un quartier de New York sur l'île de Manhattan.

 

Un lieu chargé d'histoire

Construction du stade olympique de Yoyogi en 1963 avec les résidences des Washington Heights en arrière-plan © Brian Bowman – Album d’images de NarimasuA Tokyo, ce complexe résidentiel se trouve dans le quartier de Shibuya 渋谷 à l'emplacement actuel du parc Yoyogi, Yoyogi kôen 代々木公園.

 

Il a été construit en 1946. Sur une surface de 924.000 m², on y trouvait 827 résidences et barraquements militaires, des écoles, des églises, des cinémas ainsi que des boutiques et des clubs pour officiers.

 

Le lieu n'a pas été choisi par hasard : les Américains ont installés leurs bases et leurs demeures sur d'anciennes zones militaires japonaises. Les Washington Heights ont été érigés sur l'ancien terrain utilisé par l'armée impériale pour les défilés militaires, Dainihon teikoku rikugun no renpeijô 大日本帝国陸軍の練兵場. Il s'appelait alors Yoyogi no gen 代々木の原, le « terrain (militaire) de Yoyogi ».

 

Un moyen efficace de propagande

Ces résidences de style moderne américain ont été construites sur les ruines d'une ville dévastée par les bombardements alliés pendant la guerre.

 

Les maisons comprenaient alors tout l'équipement et le confort moderne des habitations américaines à l'opposé des conditions de vie des Japonais. Elles ont été utilisées par les médias d'occupation comme propagande pour promouvoir l'American way of life.

 

Paradoxalement, les Japonais n'avaient pas le droit de s'y rendre.

 

La fin de l'occupation mais pas celle des Washington Heights

Le 28 avril 1952, le Japon retrouve sa souveraineté nationale après la signature, le 8 septembre 1951, du Traité de San Francisco mettant fin à l'occupation du pays.

 

Théoriquement, le terrain et les résidences de Washington Heights auraient dû revenir aux autorités nippones mais, dans le Traité de Sécurité signé le même jour entre les USA et le Japon, Tokyo confère aux Américains des territoires pour établir une présence militaire dans l'Extrême-Orient. Les troupes d'occupation deviennent alors les « troupes américaines basées au Japon », zainichi beigun 在日米軍, leur permettant ainsi de rester dans les barraquements de Washington Heights.

 

Cette présence militaire étrangère est mal acceptée par les étudiants japonais qui, à partir du 1er mai 1952, organisent plusieurs manifestations de protestation dont le slogan était : « Yankee, go home ! ». Ils projettent de détruire le quartier de Washington Heights mais ne mettront pas leurs menaces à exécution.

 

Le 26 juillet 1952, les Américains obtiennent du Japon l'autorisation sans limite dans le temps d'occuper l'ancien terrain de parade militaire de Yoyogi, kyû Yoyogi renpeijô 旧代々木練兵場, où se trouvent les résidences des militaires US.

 

En juin 1960, les Etats-Unis et le Japon signent un nouveau Traité de sécurité et de coopération mutuelle, l'actuel Traité de paix américano-japonais, Nichibei anpo 日米安保, confortant le statut d'extra-territorialité, chigaihôken 治外法権, des Washington Heights.

 

Les Jeux olympiques de 1964

Mais, en novembre 1961, Tokyo réclame la rétrocession du terrain afin d'y installer le village olympique, senshu-mura 選手村, et le futur stade olympique de Yoyogi, Kokuritsu Yoyogi kyôgi-jô 国立代々木競技場. En échange de quoi, les autorités japonaises prennent à leur charge la totalité des coûts de déménagements des troupes américaines et de leurs familles à la base aérienne de Chôfu, Chôfu hikojô 調布飛行場, à l'ouest de Tokyo.

 

La dernière résidence militaire des Washington Heights encore visible de nos jours © navi.ag-aoyama.comPendant les Jeux Olympiques de 1964, un grand nombre des anciens barraquements militaires des Washington Heights a servi de résidence pour les athlètes olympiques. D'autres furent logés dans ce qui allait devenir le National Olympics Memorial Youth Center.

 

Après les Jeux, ce qu'il restait des Washington Heights a été détruit à l'exception d'une seule maison, celle qui servit à accueillir les athlètes hollandais, qui est visible dans le parc de Yoyogi.

 

De nos jours

En 1967, Toute la partie nord du complexe sportif de Yoyogi, située au sud du sanctuaire Meiji, Meiji jingû 明治神宮, est devenu le parc Yoyogi.

 

Vues aériennes comparées des Washington Heights et du parc Yoyogi ainsi que le stade olympique © Europa Technologies, Zenrin – Album d’images de Narimasu