Le 22 mai 1973 débute la guerre des ordures de Tokyo, Tôkyô gomi sensô 東京ゴミ戦争.

 

Le quartier de Kôtô, Kôtô-ku 江東区, situé en bord de mer, refuse de récupérer les détritus du district voisin de Suginami, Suginami-ku 杉並区. Les habitants du quartier font obstacle à la venue des camions-benne de Suginami qui voit alors ses trottoirs recouverts de montagnes d'immondices. C'est le gouverneur de Tokyo de l'époque, Minobe Ryokichi 美濃部亮吉 (1904-1984) qui, en nommant ce conflit « la guerre des ordures », attire l'attention des médias.

 

La rivalité entre les deux quartiers découle d'un problème de gestion des déchets qui durait depuis le milieu des années 50. Kôtô récupérait alors 70% du contenu des poubelles des 23 districts de Tokyo.

 

Les années 50 coïncident au Japon avec la période de grande croissance économique, kôtô keizai seichô-ki 高等経済成長期. L'augmentation des revenus des habitants s'accompagne d'un accroissement de la production, de la consommation et des déchets. La gestion des ordures (leur enlèvement et leur incinération) devient alors un problème crucial. À l'époque est créé un bureau du nettoyage, Tôkyô seisô-kyoku 東京清掃局, dans chaque commune de la ville. Mais les décharges d'ordures se révélent vite insuffisantes. On utilise alors les détritus pour combler les terrains conquis sur la mer, kaimen umetate-chi 海面埋立地, dans le quartier de Kôtô pour notamment développer le port de Tokyo. De nombeux camions-benne, shûshûsha 収集車, venant d'autres quartiers de la capitale y déversent leurs déchets non traités ainsi que les cendres des usines d'incinération.

 

En 1971, la concentration en ordures à Kôtô était de 7 fois supérieure à celles des autres districts de Tokyo. Chaque jour, plus de 5.000 camions-poubelle s'y rendent. Le quartier souffre alors de problèmes liés à l'odeur pestillentielle, aux émanations de fumée, aux embouteillages et à l'invasion de mouches.

 

Pour résoudre le problème, il est décidé de construire plusieurs usines de traitement des déchets dans les quartiers d'Ôta 大田, Setagaya 世田谷, Nerima 練馬 et Itabashi 板橋. Il est prévu d'en édifier une à Suginami mais le projet est avorté en raison du fort antagonisme de ses habitants.

 

En 1957 est construite l'« île des rêves », yume no shima 夢の島, au large de Kôtô afin d'y déverser les immondices loin des habitations. En 1964, la construction d'une nouvelle « île des rêves » rencontre l'opposition des résidents. En 1970, il est résolu de ne plus utiliser les détritus pour en faire des terrains gagnés sur la mer et de les détruire par le feu. Mais, en 1973, la construction d'usines d'incinération marque le pas et les ordures sont à nouveau déversées au large de Kôtô, provoquant l'irritation de ses habitants qui, lors des assemblées de quartier, votent contre la venue des camions-benne des autres quartiers de la ville et décident de les bloquer. C'est le début de la « guerre des ordures ».

 

Les négociations commencent mais le contenu des poubelles se déversent dans Tokyo. Il est ordonné d'ouvrir des lieux temporaires de décharge dans la ville, dont le parc Wadabori, Wadabori-kôen 和田掘公園, situé dans le quartier de Suginami, ce qui provoque l'hostilité des citadins.

 

Devant une telle situation, il est décrété à Kôtô de bloquer tout camion-benne venant de Suginami. Les autorités de Tokyo doivent trouver en urgence un endroit où entreposer ces ordures. Les médias s'emparent alors de l'histoire qui devient nationale.

 

Pour mettre fin au problème, il est finalement décidé de bâtir une usine de traitement des déchets à Suginami malgré le désaccord de la population. Ayant eu l'assurance que cela allait se faire, le blocage des ordures prend fin en septembre.