Sa Majesté chez les Nippons [Épisode 78]

 

Quatre jours plus tard, Pierre-Aymard Gauldrée de Bazancourt reçut le télégramme diplomatique l’informant de l’inévitable. Il fallait maintenant gérer la mise à la porte du personnel consulaire : une réunion s’imposait.

Par leur détermination et leur action, Konda et ses collègues avaient creusé leur propre tombe ou, plutôt, avaient découvert que leur propre tombe était déjà creusée mais que personne ne s’était donné la peine de les informer.

Pour plus de discrétion, la réunion avec l’ambassadeur se tint en soirée bien après la fermeture de la légation française. Il prit la parole en premier :

— Messieurs les conseillers, Paris m’informe officiellement de la fermeture définitive du consulat d’Osaka. Il a été prévu de mettre les employés devant un choix simple : un poste à Tokyo moins intéressant que celui qu’ils ont déjà avec un salaire inférieur (pour qu’ils refusent, bien évidemment) ou des indemnités de licenciement fort généreuses. Sachant que nous conservons une marge de manœuvre de dix pour cent en cas de négociation. Mais toute négociation est exclue. A eux de choisir entre un poste mal payé ou un chèque bien confortable.

— Sur quelles bases ont été déterminées les indemnités ? demanda un des conseillers.

C’est bien une question de petit fonctionnaire. Toi, tu ne me feras pas carrière… se dit Henri-Aymard avant de continuer :

— Voyez avec Paris pour les détails.

— Qui sera chargé d’annoncer la mauvaise nouvelle ? demanda l’attaché culturel.

— Ha, ha ! Nous avons un volontaire ! fit l’ambassadeur sur un ton enjoué.

L’attaché culturel baissa la tête. Il avait raté une belle occasion de se taire.

— Quand pouvez-vous partir à Osaka ? continua Son Excellence.

— C’est Faverges qui va s’en occuper, coupa Edouard, le premier conseiller.

Quelques « dommage » fusèrent dans le fond du bureau. Le conseiller culturel, furieux, essaya de voir qui avait parlé mais tout le monde évitait son regard.

— Et le consul général ? demanda un des plus jeunes conseillers.

— Ha, oui, notre ami Kuso… Je crois que le bébé va être jeté avec l’eau du bain, c’est cela, Edouard ? répondit l’ambassadeur.

— Cusseaud dépend de Bercy maintenant. C’est Faverges qui gère le consulat.

— Mais il reste consul général ?

— Jusqu’à la fermeture mais il ne conserve que le titre. Il garde néanmoins sa rémunération. C’est ce qui a été négocié avec Bercy. Ce bonhomme avait de sacrés soutiens là-bas.

— Les trois P, souffla un autre des jeunes conseillers à son voisin.

— Que veux-tu dire ?

— Pour faire une longue et belle carrière dans l’administration, il faut au moins un des trois P : politique, particule ou pédérastie… Je te laisse deviner dans quelle catégorie ranger Cusseaud…

— D’autres questions, demanda le premier conseiller qui entendait un brouhaha indistinct et qui voulait y mettre fin.

— Quelle est la date de fermeture du consulat ?

— Les délais légaux sont de deux mois à partir du moment où le personnel est informé officiellement. Les courriers ont été envoyés ce matin avec la valise diplomatique pour Osaka. Faverges les aura demain avec toutes les instructions. 

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