Sa Majesté chez les Nippons [Épisode 22]

 

L’après-midi même, Cusseaud convoqua Atsumi.

— Ah, Madame Atchoumi. À propos de tout à l’heure…

— Monsieur le consul général ?

Il attendit qu’elle se mette à parler. Il espérait de sa part des excuses pour les odeurs de nourriture qui l’avait incommodé mais elle ne prononça pas une seule parole. Il fut obligé de prendre l’initiative de la discussion.

— Comme vous le savez, nous sommes dans un consulat…

— …

— Nous ne sommes pas dans un restaurant ou une gargote quelconque.

Il fit une pause et regarda Atsumi les sourcils froncés et les mains jointes comme un professeur qui attend d’un élève qu’il s’excuse pour ses fautes. Mais elle ne répondit pas. Il perdit patience et continua sur sa lancée :

— Ces odeurs de cuisine sont inacceptables...

— …

— Je ne peux tolérer un tel manquement à… à… à la bienséance. Cela ne se fait pas. Point final.

— …

— Vous allez devoir trouver un autre lieu pour déjeuner…

Atsumi attendait le moment pour attaquer. Derrière l'image d'une petite mamie qui avait l’air si douce et si gentille se cachait un terrible dragon indestructible qui n’allait faire qu’une bouchée du gaijin de malheur qui se trouvait devant elle :

— Que nous proposez-vous ?

— Mais, mais, c’est votre problème, pas le mien…

— En effet.

— Ah, c’est bien de le reconnaître…

— Comme vous l’avez vu, cette pièce est très exiguë et nous sommes en droit d’en exiger une plus grande. Nous allons faire une demande officielle en ce sens à l’ambassadeur.

— Hé, c’est que…

— Vous venez tout juste de dire que ce n’est pas votre problème. Nous nous adresserons donc à l’ambassade à Tokyo.

— Je n’ai pas voulu dire cela.

— Alors que proposez-vous ?

— Je ne sais pas, moi. Trouvez-vous une autre salle, la plus éloignée de mon bureau si possible.

— Dans ce cas, il faudra agrandir le consulat. Vous pourriez en faire la demande à l’ambassadeur.

— Laissez l’ambassadeur en dehors de cela ! Il n’a pas à s’occuper de misérables problèmes d’intendance !

Pierre-Victor commençait à s’énerver. Atsumi porta le coup fatal :

— Si vous avez une salle plus grande à nous proposer, nous sommes disposés à étudier votre offre avec bienveillance.

Sa Majesté manqua de s’étouffer.

— Bon, fin de la discussion. D’ici-là…

— D’ici-là ?

— Au revoir, Madame Atchoumi, fit-il en se levant et en lui montrant la porte.

 

— Alors, qu’a-t-il dit ?

Murakami et Fujisaki attendaient Atsumi dans l’entrée du plateau consulaire.

—Il s’est dégonflé comme une baudruche dès que j’ai prononcé le nom de l’ambassadeur.

— Bien joué ! fit Fujisaki.

— On sera tranquille pour quelque temps, rajouta Murakami.

— Espérons-le.

Il n’y eut pas d’autre incident, à croire que Sa Majesté avait retenu la leçon. Dix jours plus tard, il partit pour Kyushu.

L’ambiance au consulat devint plus sereine. On respirait enfin. Chacun vaquait à ses occupations comme si le nouveau consul n’avait jamais existé. Mais l’accalmie allait être de courte durée.

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