Situé à l'extrême-sud du Japon, la préfecture d'Okinawa 沖縄県 regroupe les îles de l'archipel des Ryûkyû 琉球諸島 dont l'île principale est Okinawa.

 

Géographiquement aussi proche de la Chine et de Taïwan que du Japon, les habitants y ont développé leur propre dialecte et leurs propres traditions où l'on retrouve de nombreuses influences chinoises.

 

Baigné par un climat tropical, Okinawa est célèbre pour ses plages de sable fin. C'est une destination touristique prisée par les Japonais malgré une histoire mouvementée et tragique.

 

Le royaume des Ryûkyû, Ryûkyû ôkoku 琉球王国

Le terme de Ryûkyû, est d'origine chinoise mais les habitants nomment leur archipel Okinawa 沖縄, littéralement, en langue japonaise, le « chapelet [d'îles] du large » et les Japonais les désignent du nom de Nantô 南島, les « îles du Sud ».

 

Portrait du roi Shô Hashi 尚巴志 (1372-1439) © JCC Bijutsubu 美術部Au XIVe siècle, l'archipel est divisé en trois clans : Hokuzan 北山, Chūzan 中山 et Nanzan 山南 qui deviennent des royaumes (ôkoku 王国) lorsque leurs dirigeants établissent des relations tributaires avec la dynastie Ming (1368-1644) de Chine.

 

En 1429, le roi de Chûzan, Shô Hashi 尚巴志 (1372-1439) unifie les trois royaumes. Les Ryûkyû prospérent dans le commerce avec la Chine, le Japon et les pays de l'Asie du sud-est, apportant d'un pays à l'autre des sabres et du cuivre japonais, de la soie et des céramiques chinoises ainsi que du poivre, du sucre et du bois de santal d'Indonésie ou des Philippines.

 

De 1380 à la fin du XVIe siècle, les Ryûkyû envoient pas moins de 200 missions en Asie du Sud. La fin de leur domination commerciale débute avec l'apparition des premiers marchands européens, chinois et japonais à la fin du XVIe siècle : Les commerçants japonais y installent plusieurs comptoirs (nihon-machi 日本町) alors que les Portugais et les Espagnols explorent les côtes de Chine et du Japon à partir de leurs bases dans le Sud-Est asiatique.

 

La porte d’influence chinoise Shureimon 守礼門 à Shuri 首里, dans les environs de Naha © Okinawa StoryLes relations tributaires avec la Chine, qui débutent à la fin du XIVe et qui vont durer cinq siècles, sont d'une grande importance politique, économique et culturelle, et ont laissé une empreinte culturelle chinoise importante sur le royaume.

 

Après l'invasion de 1609 des Ryûkyû par le clan Shimazu de Satsuma 薩摩藩, la province japonaise fait en sorte que le royaume entretienne une indépendance de façade. Comme la Chine refuse d'avoir des relations officielles avec le Japon après les campagnes militaires de Toyotomi Hideyoshi 豊臣秀吉 (1537-1598) en Corée, Satsuma encourage les Ryûkyû à envoyer des ambassades pour payer tribut à la Chine en échange d'une soie de grande qualité. Les Ryûkyû restent sous la domination de Satsuma jusqu'à la fin de la période d'Edo, en 1868.

 

 

La perte d'influence au XIXe siècle

La frégate à vapeur USS Susquehanna, navire-amiral du East India Squadron qui fit halte aux Ryûkyû avant de se diriger vers Edo sous le commandement du Commodore Perry en 1853 © Navsource OnlineDes vaisseaux de guerre britanniques et français font plusieurs apparitions à Okinawa respectivement en 1816 et 1844, demandant l'ouverture de relations commerciales avec le royaume. La Chine, battue par les Britanniques lors de la guerre de l'Opium, n'a aucune intention de défendre l'archipel.

 

Alors que la politique de réclusion du Japon est imposée sur l'ensemble du pays, Satsuma reçoit du shôgunat l'accord tacite de concéder un minimum de commerce si une résistance diplomatique s'avére futile. C'est une tactique pour prévenir une approche directe des vaisseaux européens au Japon. Cependant, le Commodore Perry réussit à obtenir l'ouverture de plusieurs ports japonais aux bateaux étrangers en 1854 et les Ryûkyû perdent tout intérêt stratégique aux yeux des Occidentaux.

 

 

La préfecture d'Okinawa 沖縄県

Après la restauration de Meiji en 1868, le domaine de Satsuma disparaît et c'est désormais le gouvernement central japonais qui administre l'archipel des Ryûkyû devenu un fief, han , en 1872.

 

En 1875, les autorités japonaises font pression pour toute relation tributaire avec la Chine soit abandonnée. Le 4 avril 1879, le fief est aboli et Okinawa devient la 47e et dernière préfecture du pays. Le roi Shôtai est déposé et contraint de se rendre à Tokyo.

 

Mais l'archipel ne s'est pas pour autant intégré dans le nouveau Japon. Les coutumes traditionnelles, les droits fonciers et le système administratif locaux sont maintenues. L'assemblée locale imposée par Tokyo est faible et les habitants restent loyaux à leurs anciens rois. De plus, ils sont plus lourdement taxés que le reste du Japon et les Okinawaïens ne peuvent participer au parlement japonais avant 1919.

 

Les liens tributaires entre Okinawa et la Chine ont totalement cessé lors de la dernière décennie du XIXe siècle avec la victoire du Japon sur l'Empire du Milieu lors de la guerre sino-japonaise de 1894-1895. Peu de temps après, les Okinawaïens se sont vus offrir la nationalité japonaise.

 

 

L'après-guerre

L'archipel a été durement touché par les combats de la fin de la Seconde guerre mondiale, d'avril à juin 1945.

 

Route 58 d’Okinawa 国道58号 montrant la cohabitation entre les habitants et l’armée américaineA la fin de la guerre, il est occupé par les forces alliées qui y installent des bases militaires d'où partent les bombardiers pour la guerre de Corée en 1950-1953. Placé sous contrôle américain en 1951 avec la signature du Traité de paix de San Francisco reconnaissant la souveraineté résiduelle du Japon sur l'archipel, Okinawa va paradoxalement profiter de cette manne militaire car le besoin en main-d'œuvre et en matières premières permet de développer de nouvelles infrastructures modernes favorisant ainsi le décollement économique de l'île bien avant le reste du Japon.

 

Le 17 juin 1971 est signé l'Accord de rétrocession de l'archipel au Japon, Okinawa henkan kyôtei 沖縄返還協定. Il est ratifié le 24 novembre 1971 par la Diète japonaise, kokkai 国会. Okinawa redevient alors territoire japonais mais conserve de nombreuses bases américaines sur son sol.

 

Elles sont, encore aujourd'hui, source de nombreux conflits avec les habitants.